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Interview du Hard Rock nº36
RAMMSTEIN FROID COMME LE METAL TRANCHANT COMME LE RASOIR, CHAUD COMME LE CUL !
Notre magnifique photographe, François Nascimbeni, reconnaissable à ses pupilles perpétuellement dilatées et à la canette qui ne quitte jamais sa main, subit ce soir son baptême Rammstein. En pleine bourre, après le concert, il nous rejoint enthousiaste : "Rammstein, c'est froid comme le métal, tranchant comme le rasoir, et chaud comme le cul !". La formule est un peu brutale mais résume bien la sensation que provoque le métal martial et guttural du groupe. Pour un peu, ce salopard de photographe nous piquerait notre place de plumitif et nous reléguerait dans la fosse, le jetable Kodak en bandoulière. D'autant que votre serviteur s'est retrouvé bien inutile quelques heures auparavant, lorsqu'on lui a annoncé que l'interview se ferait en allemand. Heureusement, deux jeunes filles polyglottes nous sauvent la mise (merci à Sandra Dentzler et Marie-Pierre Garrigues) en traduisant l'entretien qui suit. A l'inverse de ses camarades introvertis, Richard est vraiment cool et assume sans souci son statut de chef du groupe de tanz métal européen qui monte sévère : c'est avec disponibilité qu'il nous invite dans le tour-bus pour taper la causette. C'est bien normal, depuis un an que le groupe a lancé son assaut sur la France, Hard Rock n'en a presque jamais parlé !
Depuis un an, vous êtes constamment ensemble, sur la route. Vous n'en avez pas marre d'être toujours les uns sur les autres ?
C'est variable. Chacun a son caractère dans le groupe et pour certains c'est plus facile car ils sont sociables. Pour moi en revanche, c'est assez difficile, ça me demande des compromis. Quand on est longtemps en tournée, il y a des choses qu'on ne peut pas faire : lire ou composer par exemple, parce qu'on est prisonnier dans le bus, prisonnier d'une situation. Il faut éviter de devenir idiot. Alors on essaie de faire du sport, d'aller nager, de courir, de visiter des villes...
Vous donnez l'image de personnages froids. Vous avez malgré tout des contacts avec les Fans ?
Oui. bien sûr. Il y a de tout dans le groupe, des timides et des moins timides. Je fais partie de cette deuxième catégorie. A mon avis, il est toujours très intéressant de nouer des contacts dans chaque pays, pour apprendre des choses.
Depuis le temps que l'on connait vos ambitions américaines, comment jugez-vous les deux mini tournées que vous y avez effectuées ?
On a été très surpris que ça ait marché en allemand, que le fait de chanter dans notre langue soit aussi bien accepté. Au départ, nous devions traduire des morceaux en anglais, nous ne pensions pas réussir en allemand aux Etats-Unis. Nous y sommes allés, c'était notre deuxième tournée et ça a très bien marché. A New York par exemple, il y axait dix personnes lors de notre premier concert, et deux mille pour le second. C'était vraiment une tournée très réussie. Les gens là-bas sont très extravertis, très branchés sur les effets. Quand tu balances le feu pendant le concert, ils réagissent. C'est un pays où, dès la deuxième fois, les gens ont chanté, dansé avec nous. En France par exemple, les gens sont un peu plus réservés. Ce qui, personnellement, me plaît mieux car, de fait, on doit se donner encore plus.
Vous avez traduit et enregistré en anglais deux de vos morceaux Engel et Du Hast, vous les avez chantés en anglais là-bas ?
Non. On peut changer la langue, mais on obtient quelque chose de complètement différent, un autre feeling... Pourquoi devrait-on se forcer alors que c'est dans sa propre langue qu'on obtient le plus d'intensité, l'expression la plus forte...
Vous laissez donc tomber les traductions ?
Nous sommes des gens ouverts et je ne dirais pas : Non. Nous ne traduirons plus jamais de morceaux en anglais". Mais nous ne laisserons plus certaines personnes nous dicter ce que nous avons à faire. Nous le ferons si nous en avons envie.
Il y a six mois, votre objectif principal était de séduire les Etats-unis. Qu'en est-il aujourd'hui ? Avez-vous atteint votre but ?
Disons qu'un premier pas est franchi. La tournée a montré que nous avions des opportunités là-bas. La question maintenant, c'est quelle stratégie adopter pour la suite. Il ne faut pas oublier les intérêts économiques. Nous avons beaucoup investi sur cette tournée, et bien sûr nous y retournerons, nous continuerons à jouer là-bas. C'est comme tomber amoureux : nous avons eu une relation avec une fille, et nous voulons transformer cette amourette en amour.
Votre amour pour les Etats-Unis pourrait-il vous amener à négliger l'Europe ?
Non. en aucun cas. En ce moment, nous avons des demandes du monde entier : d'Australie, du Japon, de Nouvelle-Zélande, de Chine. de Corée, tous ces pays sont intéressés mais nous nous sommes dit, stop, on ne peut pas aller jouer dans le monde entier, car les relations qui ont démarré, il faut les consolider, c'est pourquoi il faut exactement savoir où on veut aller jouer. On ne peut pas faire un concert dans un pays et dire que nous n'y reviendrons pas. C'est comme quand tu est avec une fille, que tu as passé une très belle soirée mais que tu ne te manifestes plus jamais. C'est pourquoi tout est calculé, nous ne voulons négliger ni l'Europe, ni l'Allemagne, ni les Etats-Unis. L'Amérique représente un gros investissement en temps, le pays est beaucoup plus grand. Tout d'un coup, tu deviens plus important. Je ne sais pas pourquoi, mais le monde entier regarde toujours vers l'Amérique et quand on a du succès en Amérique, on a du succès partout. Je ne trouve pas ça particulièrement positif. En France par exemple, c'est plus dur pour Rammstein.
Est-ce parce que vous n'êtes pas distribués ici par une major ?
Je ne sais pas. Pour moi, la France a l'un des passés culturels les plus importants du monde. Les Français sont donc un peu plus réservés, ils ne s'emballent pas si vite - ce que je trouve plutôt bien. Il y a toujours un peu de distance. Aux Etats-Unis, il y a ce côté "effets spéciaux". Tu fais exploser quelque chose et ils sont tout de suite hyper enthousiastes. Chez vous, les gens sont plus calmes, ils attendent de voir ce qui se passe, ils ne se précipitent pas pour demander des autographes, et je trouve ça plus agréable.
Après les festivals d'été, vous attaquerez-vous à un troisième album ou la tournée va-t-elle continuer ?
La priorité, c'est de faire un troisième album. Pour les deux premiers, on avait des idées, du temps... Mais récemment, nous avons été très occupés... Ecrire un troisième album, c'est beaucoup plus dur aujourd'hui parce que Rammstein est devenu synonyme de singles en Allemagne. La maison de disques et les fans attendent des hits. Et c'est difficile d'écrire des hits : quand tu écris et que tu vois tout à travers ce thème du single. Soit tu considères la chanson que tu viens d'écrire comme un hit, soit tu la jettes, chose que tu n'aurais pas faite auparavant. D'autre part, le danger est de toujours se plagier soi-même. C'est pourquoi le type d'écriture évolutif demande plus de temps. Et comme les Rammstein sont des perfectionnistes dans tout ce qu'ils font, le troisième album risque d'être assez long à réaliser.
Avez-vous déjà commencé à écrire cet album ?
Oui, un peu. C'est difficile parce que pendant les tournées on ne peut pas écrire, mais à chaque minute libre que j'ai à Berlin, j'essaie d'écrire des choses. Je suis très lent, je pense qu'une bonne chanson demande du temps, comme un vin ; donc nous n'avons pas beaucoup de matériel pour l'instant.
Sais-tu quand ce troisième album devrait sortir ?
Je ne veux donner aucune date car lorsque l'on fixe une date, on se met la pression.
Comment écrivez-vous un morceau ?
D'une manière générale je vis la musique à 100 %, c'est pour moi le meilleur moyen d'expression possible. Je m'assieds dans un coin, j'écris des mélodies, des riffs de guitares, trouve des beats, et à un moment donné il en sort une esquisse de chanson. Ensuite je fais écouter la démo que j'ai enregistrée, en général à Till, le chanteur, et nous voyons dans quelle direction le morceau peut évoluer en ce qui concerne le texte. Le plus souvent. Till a déjà des poèmes qui sont prêts et qu'il calque alors sur le morceau. Puis, nous nous réunissons tous les six dans notre salle de répétition et nous mettons le titre au point.
Pensez-vous retravailler avec le producteur Jacob Helner ou vous adresser à quelqu'un d'autre ?
Je crois qu'on ne change pas une équipe qui gagne ! Je voudrais donc laisser la responsabilité principale à Jacob, mais également intégrer un élément nouveau : un programmateur informatique peut-être.
Two jouait en première partie de Rammstein. As-tu rencontré Rob Halford, et aimerais-tu travailler avec Trent Reznor, qui a produit son dernier album ?
Oui, j'ai rencontré Rob Halford, mais non, je n'aimerais pas travailler avec Reznor ; pour la raison suivante : le disque de Two donne l'impression que c'est un album de Nine Inch Nails sur lequel chanterait Halford. C'est un bon disque mais ça sonne comme du Reznor. Nous voulons un producteur qui fasse ressortir ce qui est en nous et non ce qui est en lui.
Vous êtes en permanence confrontés à des problèmes de sécurité relatifs à l'utilisation du Feu à vos concerts. Avez-vous déjà été contraints de faire votre show sans feu ?
Ce sont les organisateurs qui font des problèmes et nous avons parfois du mal à imposer nos effets. Aux Etats-Unis, nous devions, dans chaque ville, présenter le show complet avant le concert, afin qu'il soit contrôlé. C'était du boulot. A Chicago, la ville a brûlé en 1871, et aucun groupe n'est donc autorisé à y utiliser des effets pyrotechniques, nous avons laissé les fans décider pour nous : pas de concert ou bien Rammstein sans feu. Et c'est ce qu'ils ont décidé. Finalement, c'était très important pour le groupe de tenter cette expérience : et ça a été un de mes concerts préférés ! Rammstein est trop souvent présenté dans les médias comme une sorte de performance pyrotechnique ; c'est bien mais Rammstein c'est quand même 80 % de musique et 20 % de spectacle.
Pourriez-vous être amenés un jour à supprimer la mise en scène pour faire ressortir le côté strictement musical de Rammstein ?
Nous n'avons pas l'intention de laisser tomber les effets pyrotechniques, mais si nous remarquons que les gens ne viennent plus que pour le cirque, nous saurons que nous avons pris un mauvais chemin. Le feu fait partie du spectacle, en sera toujours une partie importante, mais nous ne voulons pas devenir esclaves de ce gimmick.
Ça vous blesse d'être détestés par certains groupes allemands ?
Je crois que quand on déteste quelqu'un, c'est souvent parce qu'on l'envie. Beaucoup de gens ont des problèmes avec ça. Actuellement, Rammstein est le groupe qui remporte le plus de succès en Allemagne. Nous avons choisi de réussir en suivant des chemins différents car nous sommes très têtus, et donc beaucoup de gens nous envient. Personnellement, ça ne me dérange pas. D'ailleurs, nous avons beaucoup de contacts avec d'autres groupes et je n'ai pas l'impression qu'il y ait tant de gens qui nous détestent. Haïr, c'est aussi quelque chose de très intime. Pour détester quelqu'un, il faut bien le connaître. Je crois, qu'en fait, tous les gens qui ont du succès sont peu appréciés.
Comment vivez-vous ce grand succès ?
Je n'ai pas le sentiment d'être une star, nous sommes tous restés très réalistes, parfaitement « normaux ». En fait, j'essaie de distinguer les choses : je me vois comme un être normal et d'autre part, je sais que je suis membre de Rammstein ; mais c'est une émotion, pas une démarche intellectuelle. Faire partie de Rammstein a ses avantages : on nous invite dans des bars, à des concerts, les gens sont plus sympa, etc. mais j'essaie toujours de distinguer les deux côtés des choses.
Après David Lynch, vous travaillez avec le cinéaste français Léos Carax...
Oui, il nous a appelés. Au départ, il voulait avoir le groupe au complet dans son film, mais nous étions en studio à ce moment-là et finalement il n'y a que Christoph, le batteur, et Till, le chanteur, qui ont joué dans Pola X. Il s'agissait d'interpréter le rôle d'un groupe et de jouer de la musique écrite par Scott Walker. D'ailleurs, personnellement, la musique ne me plaisait pas. Nous voulions participer en jouant nos propres morceaux mais il y a eu des complications sur certaines questions de droits entre Carax et le management de Rammstein et ça ne s'est pas fait.
Mortal Kontbat 2 : Total Annihilation, auquel vous avez donné le titre Engel », est l'archétype du film commercial américain, Carax est l'archétype du cinéma d'auteur français : paradoxe ?
Je trouve ça vraiment bien justement, de toucher à tout. Carax, un Français, Lynch, un intellectuel américain, Mortal Kombal, un truc commercial... Que tous ces domaines soient compatibles avec Rammstein, c'est pour moi un compliment. Nous avons même eu une demande pour Godzilla, on nous demandait d'écrire un morceau pour le film, mais nous n'avons pas eu le temps.










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Contenu :
Interview donnée par Richard (après un concert) sur leurs sucès aux Etats-Unis
Auteur de l'article : Olivier ROUHET