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Live report de Liberation du 11 février 2005

Libération 11 février 2005

Setlist :

Reise, Reise | Links 2-3-4 | Keine Lust | Feuer Frei ! | Rein Raus | Morgenstern | Mein Teil | Stein um Stein | Los | Moskau | Du riechst so gut | Du hast | Sehnsucht | Amerika

Rappel 1 : Rammstein | Sonne | Ich will

Rappel 2 : Ohne dich (avec Apocalyptica) | Mein Herz brennt (avec Apocalyptica) | Stripped

Auteur de l'article : Laurence ROMANCE

Bercy le 11 Février 2005

Phénomène européen, le groupe pyromane allemand remplit Bercy ce soir : Le ramdam de Rammstein Vendredi 11 février 2005 (Liberation - 06:00)

Spectaculaire, impressionnant, théâtral, grandiloquent, assourdissant, tuant : un concert de Rammstein, avec sa débauche de pyrotechnie (feux d'artifice, membres du groupe prenant feu, explosions variées, pétards, confettis) et d'effets spéciaux bluffants, sans compter les tenues cuir SM des six membres de la formation, peut paresseusement se résumer ainsi. Devenu un véritable phénomène, du moins en Europe, et plus particulièrement en France (Bercy complet depuis deux mois, une date supplémentaire a été ajoutée hier au Zénith de Lille), Rammstein est probablement le premier groupe allemand de l'histoire du rock à être devenu si internationalement successful en chantant dans sa langue. «Se fouler». Quelque peu masquée par leurs outrances scéniques, leur musique est généralement décrite comme un mix de heavy-metal et de techno wagnérienne mais, selon Richard Z Kruspe, guitariste et principal compositeur du groupe, Rammstein est avant tout un groupe «épique». «On s'inspire pas mal de la musique classique, particulièrement allemande. Une partie de la culture germanique est très martiale, et c'est ce que j'ai essayé d'apporter à Rammstein. Chanter du rock en allemand est assez compliqué, en principe ça ne colle pas avec le rythme de la musique. Mais notre chanteur, Till [Lindemann], y parvient très bien.» Richard Kruspe, qui a formé Rammstein voici plus de dix ans, a grandi en Allemagne de l'Est, avant la chute du Mur :

«C'était très difficile d'avoir un quelconque accès à la musique, ça coûtait cher, surtout les nouveautés, il fallait trouver des gens, faire des échanges, etc. Beaucoup de temps et d'énergie. En même temps, c'était bien, il fallait se fouler, le vouloir vraiment. Le premier album que j'aie acheté était un disque des Dead Kennedys.» Ce n'est toutefois pas le groupe de Jello Biafra qui incite Kruspe à fonder Rammstein : «J'essayais de faire un truc différent, de ne pas mentir, j'en avais assez d'essayer de jouer de la musique américaine sans y arriver, c'était déprimant. J'étais un peu crétin, je ne me rendais pas compte. Puis j'ai compris qu'il fallait être authentique»,«De gauche».

De Scorpions à Kraftwerk, nombre de groupes allemands ont toujours affiché un goût prononcé pour le rock plus ou moins lourd, ou les «nouvelles technologies». Rammstein a réuni les deux : «La technologie compte beaucoup dans la musique allemande, nous sommes de grands penseurs ! Le rock étant avant tout "émotionnel", si l'on veut y ajouter une touche "cérébrale", cela implique d'utiliser toutes les technologies disponibles.» Dès le départ, la musique brutale de Rammstein, son look et les vocalises gutturales de son chanteur jettent la suspicion sur le groupe, accusé de flirter avec le fascisme.

«Au début, c'était très douloureux, se souvient Richard. On s'est expliqué là-dessus, on a dit clairement qu'on était de gauche, on a même écrit une chanson. Mais quand les gens ne veulent rien entendre...»

Au même moment, aux Etats-Unis, le metteur en scène David Lynch entend une cassette des morceaux de Rammstein, et s'entiche du groupe allemand au point de placer deux de ses titres sur la bande-son de Lost Highway : «Un tournant, selon Kruspe. D'un seul coup, nous avons eu du succès en Amérique et ­ effet boomerang, comme d'habitude ­ l'Europe a suivi. Aujourd'hui, ce qui nous arrive en France, notre album [Reise Reise] numéro 3 dans les charts, c'est du jamais vu, incroyable ! Nous sommes ravis.» «Très très bons !». Certains, bien sûr, ont tôt fait d'assimiler Rammstein à une sorte de «boys band» qui ne «jouerait pas en vrai» sur scène. «Je le prends comme un compliment, positive Richard Z Kruspe. Je sais qu'on joue pour de bon, alors si ça sonne comme des bandes, ça veut dire qu'on est vraiment très très bons !» Quant à leur dépendance potentiellement dangereuse à la pyrotechnie pour booster leur show, le groupe demeure philosophe :

«Jouer avec le feu, c'est tenter le diable. Il nous est arrivé deux-trois trucs, mais rien de bien grave. Et, maintenant, nous employons une équipe de pros pour s'occuper de ça à notre service. Mais le feu... ça reste imprévisible, et c'est ce qui est fun, d'ailleurs. Alors, si on crame, tant pis !»