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Live report du Rockmag nº52

Rockmag nº52 avril 2005

Setlist :

Reise, Reise | Links 2-3-4 | Keine Lust | Feuer Frei ! | Rein Raus | Morgenstern | Mein Teil | Stein um Stein | Los | Moskau | Du riechst so gut | Du hast | Sehnsucht | Amerika

Rappel 1 : Rammstein | Sonne | Ich will

Rappel 2 : Ohne dich (avec Apocalyptica) | Mein Herz brennt (avec Apocalyptica) | Stripped

Auteur de l'article : Thomas MAFROUCHE

Bercy le 11 février 2005

Presque 4 ans après avoir enflammé le Zenith de Paris au propre comme au figuré, les Allemandes bodybuldés étaient de retour dans la capitale, à Bercy cette fois, pour présenter l'époustoufflant Reise, Reise.

Rammstein est au live ce que Terminator ou Star Wars est au cinéma : un blockbuster phénoménal, façonné d'effets spéciaux gigantesques, structurés autour d'une puissance de frappe colossale. On sait pertinemment qu'on va s'en prendre plein la vue et plein les oreilles, avant même de pénétrer dans l'arêne. Le sextet s'est taillé une réputation scénqieu si solide qu'on se demande à  chaque fois ce qu'ils vont nous faire péter à la gueule pour faire mieux que précédement.

Mais avant d'en venir à l'arme de destruction massive allemande, les Finlandais d'Apocalyptica assuraient la première partie. Ils ont su se forger un nom sur la scène internationale avec leurs reprises des plus gros standards métal façon violoncelle et contrebasse. On pouvait être sceptique sur la réaction du public de Rammstein, davantage habitué au métal-indus salvateur qu'aux orchestrations symphoniques. Eh bien, dès les premiers coups d'archet, les 5 mélomanes mettent Bercy à leurs pieds. Ils étaient ici chez eux, et l'absence de Valo et de Lauri sur Bittersweet fut même comblée par la prestation de notre Manue nationale, échappée de Dolly le temps d'un Quutamo de toute beauté.

 

Le baptême du feu :

A 21 h, les lumières s'éteignent sur une intro bruitiste instrumentale. Plusieurs machinistes, arborant chemise grise et cravate noir, arrivent sur le devant de la scène, lampes torches à la main. Ils explorent l'endroit comme s'ils venaient de pénétrer dans la carlingue d'un vieux Panzer oublié de tous. Un martèlement retentit, le large rideau noir tombe et laisse entrevoir au fond de la scène une sorte de machine futuriste sur laquelle Rammstein entame les premières notes de Reise, Reise, deux mêtres au-dessus de la fosse. Les premiers rangs sont transformés en véritable champ de bataille, plusieurs fans évanouis commencent déja à être évacués par la sécurité. Les bruits de bottes de Links 2-3-4 retentissent ensuite dans toute la salle et les membres du groupe (exception faite du batteur, Christoph Schneider) descendent de l'impressionnante structure par un système de platesforme mécaniques. Paul Landers et Oliver Riede se placent à gauche, Richard Kruspe-Bernstein à droite, Till Lindemann hurle au centre et Christian 'Flake' Lorenz débarque de nulle part, coiffé d'un casque militaire grisâtre. Puis les premières explosions perforent les tympans. Finies les vuves de liquide amniotique de Mutter, le Rammstein version 2005 est un guerrier cybernétique aux mandibules acérées. L'apocalypse est maintenant aux portes de Paris. Feuer Frei ! ne laisse aucun répit et les déferlantes de flammes lâchées par les cracheurs de feu continuent d'alimenter le spectacle. Cette fois, pas de restrictions dues à la sécurité comme au Zénith, Rammstein peut sortir le grand jeu. Les champignons atomiques de Morgenstern vienne réchauffer un peu plus le climat, puis les premières notes de l'hymen cannibale Mein Teil voient arriver l'impressionnant Till, colosse de muscles affublé d'un costume sanguinolent et d'une toque de cuisinier, couteau de boucher à la main. Alors qu'il scande "tu es ce que tu manges", une immense marmite de métal se place au centre de la scène, contenant un Flake une fois encore maltraité. Le claviériste échappera finalement de justesse au lance-flamme et aux boules de feu le poursuivant sans relâche. Si Bück Dich et sa monumentale séquence de masturabation n'est désormais plus la pièce maîtresse du show, Mein Teil vient tout pulvériser par sa délicieuse grandiloquence. Le groupe s'amuse, et nous aussi. Los, le titre le plus étonnant du dernier album est ensuite joué sur l'avant-scène. Les guitares sèches sont de sortie et donnent l'impression d'assister à un boeuf acoustique entre potes. Une simplicité rarement présente dans les shows musclés de Rammstein, qui laisse davantage place à la spontanéité qu'aux effets spéciaux. Une cassure bienvenue permettant d'aérer un peu le set.

L'emprise de la chair :

Une fois Moskau achevé, sans les choristes russes malheureusement, Du Riechst So Gut, extrait d'Herzeleid, ouvre le chapitre le plus industriel de la soirée. Les guitares incisives percent les tympans et la crasse semble recouvrir petit à petit toute la superficie de la salle. Les musiciens transpirent autant que le public. Une sorte de symbiose se crée, le métal fusionne avec la chair, et l'humanoïde qui résulte de cet accouplement contre nature sue par tous les pores de sa cuirasse d'acier. La bête se terre ensuite derrière d'immenses colonnes de fumée sur Du Hast et révèle le stade ultime de sa métamorphose avec l'incisif Sehnsucht et ses feux d'artifices aveuglants. Vient ensuite l'entêtant Amerika, qui clôt le premier acte par une déluge de confettis aux couleurs du drapeau américain.

Le rappe est monstrueux : la déflagration du trio Rammstein, Sonne, Ich will est imparable et rares sont ceux qui parviennent à en réchapper. Dans la fosse, c'est l'hécatombe : le service de sécurité continue de sortir les victimes de l'assault. Le nombre de blessés confirme la force de destruction produite par ce char militaire qui écrase toute résistance sur son passage. Le deuxième et dernier rappel sera une surprise totale. Les machines cèdent la place aux sentiments humaines les plus tristes. Les mélancoliques Ohne dich et Mein Herz brennt seront interprétés en duo avec les cordes d'Apocalyptica. Ces soldats-là savent aussi faire prevue de compassion et offrent à leur victime un cadeau inestimable. L'orchestration symphonique donne une nouvelle dimension aux morceaux, dont le potentiel mélodique en ressort décuplé. Dernière étape : la reprise du Stripped de Depeche Mode trop rarement joué en live. Oliver lâche sa basse et saute dans son Zodiac gris pour aller voguer sur le public et faire tout le tour de Bercy. Pendant ce temps, les dernières explosions éclatent au-dessus de la scène et, une fois le bateau gonfable de retour, Till gratifie l'assemblée d'un merci et d'un sourire. La machine de guerre s'éloigne alors, laissant dans son sillage un public sonnée et des visages illuminés par ces 2h de bonheur intense. Incroyable, ils ont réussi à faire mieux qu'en 2001. Assurément l'un des concerts de l'année. Ceux qui ont loupé ça doivent déjà s'en bouffer les phalanges.